Le saumon du Danube (Hucho hucho) est un gros poisson d'eau douce originaire du bassin du Danube, aujourd'hui menacé d'extinction en raison de la construction de barrages, de la pollution, de la surpêche et du changement climatique. © Adobe Stock Images
Le saumon du Danube (Hucho hucho) est un gros poisson d'eau douce originaire du bassin du Danube, aujourd'hui menacé d'extinction en raison de la construction de barrages, de la pollution, de la surpêche et du changement climatique. © Adobe Stock Images
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• Press Release

ONU : Les migrations indispensables des poissons d’eau douce sont en train de s’effondrer

Il faudra une collaboration transfrontalière urgente et coordonnée pour la conservation de centaines d’espèces ; les plans d’action seront dévoilés lors de la COP15 de la CMS

Bassins fluviaux prioritaires : l’Amazone et La Plata-Paraná, le Danube, 
le Mékong, le Nil et le Gange-Brahmapoutre

 

24 mars 2026, Bonn/Campo Grande — Certaines des migrations d’espèces les plus longues et les plus importantes de la planète se déroulent sous la surface des fleuves du monde et nombre d’entre elles s’effondrent rapidement, selon une nouvelle évaluation majeure de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), un traité environnemental des Nations Unies.

Le rapport Évaluation mondiale des poissons migrateurs d’eau douce, lancé lors de la 15e session de la Conférence des Parties (COP15) de la CMS au Brésil, révèle que les poissons migrateurs d’eau douce — un groupe d’espèces qui contribuent à la santé des rivières, soutiennent certaines des plus grandes pêcheries continentales au monde et assurent les moyens de subsistance de centaines de millions de personnes — font partie des espèces sauvages les plus menacées de la planète.

L’ Évaluation identifie des centaines d’espèces de poissons migrateurs pour la conservation desquelles une action transfrontalière est nécessaire ; elle fournit des données probantes irréfutables selon lesquelles les espèces dont les cycles de vie reposent sur des rivières interconnectées au-delà des frontières nationales subissent un déclin accéléré, sous l’effet de la construction de barrages, de la fragmentation des habitats, de la pollution, de la surpêche et des modifications des écosystèmes liées au climat.

L’analyse recense 325 espèces de poissons migrateurs d’eau douce pour lesquelles des efforts de conservation coordonnés au niveau international pourraient être envisagés, un constat qui met ainsi en évidence une crise de la biodiversité largement ignorée qui se déroule dans les bassins fluviaux partagés du monde entier.

La répartition régionale des 325 espèces de poissons migrateurs d’eau douce considérées comme candidates à une protection internationale au titre de l’Annexe I – qui répertorie les espèces nécessitant une protection stricte – et de l’Annexe II – qui énumère les espèces nécessitant une coopération internationale – de la Convention (en plus des 24 espèces déjà inscrites) se présente comme suit :

  • Asie : 205
  • Amérique du Sud : 55
  • Afrique : 42
  • Europe : 50
  • Amérique du Nord : 32

On en enregistre plus de 325 au total car certaines espèces sont présentes sur plusieurs continents.

Les bassins fluviaux prioritaires sont l’Amazone et La Plata-Paraná en Amérique du Sud, le Danube en Europe, le Mékong en Asie, le Nil en Afrique et le Gange-Brahmapoutre dans le sous-continent indien.

Préparé par des experts scientifiques de la CMS sur la base de vastes ensembles de données mondiales et d’évaluations de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) portant sur près de 15 000 espèces de poissons d’eau douce, le rapport fournit l’aperçu le plus complet à ce jour des besoins en matière de conservation des poissons migrateurs d’eau douce.

On y trouve également des outils pratiques que les gouvernements peuvent déployer immédiatement, notamment :

  • la protection des couloirs de migration et des flux environnementaux ;
  • des plans d’action à l’échelle du bassin et une surveillance transfrontalière ;
  • des pêches saisonnières coordonnées.

Une crise mondiale qui se joue en grande partie hors de vue, sous la surface de l’eau

Les populations d’animaux vivant dans les écosystèmes d’eau douce diminuent plus rapidement que les populations d’animaux terrestres et marins, mais l’effondrement des populations de poissons migrateurs d’eau douce ne retient guère l’attention de la communauté internationale.

Nombre de poissons migrateurs dépendent de longs corridors fluviaux ininterrompus reliant les frayères, les zones d’alimentation et les zones d’alevinage des plaines inondables, souvent à travers plusieurs pays. Lorsque les barrages, la modification des débits ou la dégradation de l’habitat interrompent ces voies de migration, les populations peuvent décliner rapidement.

Selon le rapport, les populations de poissons migrateurs d’eau douce dans le monde ont diminué d’environ 81 % depuis 1970 et la quasi-totalité (97 %) des 58 espèces de poissons migrateurs inscrites aux Annexes de la CMS (y compris les espèces d’eau douce et d’eau salée) sont menacées d’extinction. 

La nouvelle évaluation approfondit ce tableau en identifiant des centaines de poissons migrateurs d’eau douce dont l’état de conservation est défavorable et souligne que la protection des poissons migrateurs nécessite de gérer les cours d’eau comme des systèmes connectés plutôt que comme des voies d’eau nationales isolées.

Pleins feux sur les grands fleuves d’Amérique du Sud

Hôte de la COP15, le Brésil propose plusieurs mesures de conservation liées aux deux plus grands systèmes fluviaux d’Amérique du Sud, à savoir l’Amazone et La Plata-Paraná.

Le bassin amazonien reste l’un des derniers grands bastions pour les poissons migrateurs d’eau douce, mais l’intensification des pressions liées au développement menace ce statut.

Une étude de cas publiée en même temps que la nouvelle évaluation mondiale identifie 20 espèces de poissons migrateurs en Amazonie qui répondent aux critères d’une inscription potentielle à l’Annexe II de la CMS. Ces grands migrateurs de longue distance sont les porte-drapeaux des poissons migrateurs du fleuve, qui représentent environ 93 % des débarquements de la pêche, et qui sont à la base des pêcheries régionales, dont la valeur est estimée à 436 millions de dollars par an.

Ils sont également réputés pour entreprendre certaines des plus longues migrations en eau douce jamais enregistrées. Parmi eux, la dourada (Brachyplatystoma rousseauxii), un poisson de fond connu pour sa peau métallique dorée/argentée et sa taille impressionnante (jusqu’à 2 mètres), très prisé dans les pêcheries commerciales. Réputé pour avoir le plus long cycle de migration en eau douce de tous les poissons, son voyage s’étend sur 11 000 kilomètres, depuis les sources andines jusqu’aux nourriceries côtières.

Pour renforcer la conservation, le Brésil et d’autres gouvernements proposent un plan d’action multi-espèces pour le poisson-chat migrateur d’Amazonie (2026-2036), élaboré dans le cadre d’une coopération régionale impliquant plusieurs pays.

Le Brésil a également proposé d’inscrire le surubi tacheté (Pseudoplatystoma corruscans) à l’Annexe II de la CMS, soulignant la nécessité d’une action coordonnée dans le bassin de La Plata, où ces espèces sont menacées par les barrages, la modification des débits et les pressions exercées par la pêche.

Ensemble, ces initiatives comptent parmi les efforts internationaux les plus ambitieux jamais déployés pour sauvegarder les espèces de poissons migrateurs d’eau douce et renforcent l’objectif central de la CMS : les solutions de conservation pour les espèces migratrices doivent s’appliquer à l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce et nécessitent une coopération internationale pour réussir.  

 

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NOUVEAU
RAPPORT

Le rapport Évaluation mondiale des poissons migrateurs d’eau douce

Télécharger [FR]


Commentaires

Auteur principal, Dr Zeb Hogan :

« De nombreuses migrations d’espèces sauvages ont lieu sous l’eau. Cette évaluation montre que les poissons migrateurs d’eau douce sont en grande difficulté et que, pour les protéger, les pays devront travailler ensemble pour que les rivières restent connectées, productives et pleines de vie ».

Secrétaire exécutive de la CMS, Amy Fraenkel : 

« Cette nouvelle évaluation met en évidence une priorité majeure pour la conservation des espèces migratrices et de leurs habitats, qui n’a pas fait l’objet d'une attention suffisante jusqu’à présent. En alignant les données scientifiques, la politique et la coopération internationale, les gouvernements peuvent préserver les dernières grandes migrations de poissons d’eau douce dans le monde, ainsi que les communautés et les écosystèmes qui en dépendent ».

World Wildlife Fund-US, vice-présidente et responsable adjointe pour les eaux douces, Michele Thieme : 

« Les cours d’eau ne connaissent pas de frontières, et les poissons qui en dépendent non plus. La crise qui se déroule sous nos cours d’eau est bien plus grave que la plupart des gens ne l’imaginent, et nous sommes à court de temps. Les fleuves doivent être gérés comme des systèmes interconnectés, avec une coordination transfrontalière et des investissements dans des solutions à l’échelle du bassin, avant que ces migrations ne disparaissent à jamais ».


Déclin silencieux des grandes migrations d’eau douce dans le monde : les chiffres clés
  • 325 : Espèces de poissons migrateurs d’eau douce identifiées comme candidates à une action internationale coordonnée de conservation dans le cadre de la CMS (au-delà des 24 espèces déjà inscrites aux Annexes I et II).
  • 205 : Espèces identifiées rien qu’en Asie, ce qui en fait une région névralgique mondiale pour les poissons d’eau douce migrateurs en danger.
  • 81 % : C’est une estimation du niveau de déclin des populations de poissons migrateurs d’eau douce dans le monde depuis 1970, l’une des plus fortes baisses enregistrées pour un grand groupe de vertébrés.
  • 97 % : C’est la proportion des poissons migrateurs inscrits aux Annexes de la CMS déjà menacés d’extinction.
  • 15 000 : Espèces de poissons d’eau douce évaluées grâce à la liste rouge de l’UICN et aux ensembles de données mondiales utilisés pour produire cette évaluation, la base de données la plus exhaustive jamais établie sur les poissons d’eau douce migrateurs.
  • 250+ : Cours d’eau et lacs transfrontières dans le monde entier, ce qui signifie que le succès de la conservation dépend de la coopération entre les pays plutôt que de l’action nationale seule.
  • 47 % : C’est la part approximative de la surface terrestre située dans des bassins fluviaux communs.
  • 93 % : C’est la proportion des débarquements de la pêche amazonienne constituée d’espèces migratrices d’eau douce, soulignant leur rôle essentiel dans les systèmes alimentaires et les moyens de subsistance de la région.
  • 436 millions de dollars : C’est la valeur annuelle estimée de la pêche en Amazonie sur la base des espèces migratrices.
  • 20 : Espèces du bassin amazonien identifiées comme répondant aux critères d’une inscription potentielle à l’Annexe II de la CMS dans la nouvelle étude de cas.
  • Plus de 10 000 kilomètres : C’est la distance de migration de la dourada — l’une des plus longues migrations en eau douce jamais enregistrées.
  • 1 solution fondamentale : Gérer les cours d’eau comme des systèmes écologiques connectés plutôt que comme des voies navigables nationales isolées.

 

Contacts médias :

Aydin Bahramlouian[email protected] +49176 56390950

Fernando Neda[email protected], +49 228 815 2409

Terry Collins[email protected], +1-416-878-8712

Documents en anglais, espagnol et français :
En bref : CMS et COP15

Une centaine de points sont à l'ordre du jour : les sujets abordés sont très divers et incluent les impacts de l'exploitation minière des grands fonds, les prélèvements illégaux et non durables, les prises accessoires, la perte et la fragmentation des habitats, la lumière, le bruit et d'autres formes de pollution marine, les collisions avec les navires, les zones prioritaires pour la conservation des espèces marines migratrices, la préservation de la connectivité écologique et des corridors migratoires, les impacts des infrastructures et des énergies renouvelables, ainsi que le déclin des insectes, le changement climatique et d'autres risques multisectoriels.

La Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage est un traité international juridiquement contraignant sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies. La CMS est l'un des cadres mondiaux les plus importants pour la conservation de la vie sauvage et joue un rôle primordial dans la lutte contre la crise mondiale de la biodiversité. 

La CMS favorise la coopération internationale, soutient la recherche et facilite l'élaboration d'accords et de mesures de conservation des espèces migratrices entre les États de leur aire de répartition, afin de garantir la survie durable de ces espèces et de leurs habitats, ainsi que les avantages essentiels qui en découlent.

Au total, 132 pays plus l'Union européenne sont Parties à la CMS. En outre, plusieurs pays non-Parties ont signé un ou plusieurs accords contraignants au titre de la CMS pour protéger les espèces migratrices. 

La Conférence des Parties (COP) est l'organe directeur de la CMS, qui se réunit tous les trois ans pour examiner les progrès réalisés, ajouter de nouvelles espèces au traité et renforcer les actions visant à répondre aux besoins de conservation ainsi qu'à traiter les menaces persistantes ou émergentes.

À la COP15, gouvernements, scientifiques, défenseurs de l’environnement, peuples autochtones, communautés locales, responsables environnementaux et représentants de la société civile du monde entier se réuniront pour examiner les défis urgents de conservation auxquels font face les espèces qui migrent au-delà des frontières internationales. 

Lieu : Bosque Expo, Campo Grande, Brésil (bosquedosipes.com/bosque-expo)

Dates : du lundi 23 mars au dimanche 29 mars 2026  

(Fuseau horaire : AMT – heure normale de l'Amazonie UTC/GMT - 4 heures)

Ressources connexes 
Signification pratique des listes des Annexes I et II de la CMS

Au titre de la CMS, l’Annexe I concerne les espèces migratrices qui ont été évaluées comme étant en danger d’extinction sur l’ensemble ou une partie importante de leur aire de répartition. Les Parties qui sont un État de l’aire de répartition d’une espèce migratrice inscrite à l’Annexe I doivent s’efforcer de la protéger strictement en interdisant la capture de cette espèce (y compris le fait de la tuer, de la capturer ou de la perturber délibérément), avec des exceptions très limitées, en conservant et, le cas échéant, en restaurant son habitat, en empêchant, éliminant ou atténuant les obstacles à sa migration et en contrôlant d’autres facteurs susceptibles de la mettre en danger.

L’Annexe II énumère les espèces migratrices dont l’état de conservation est défavorable et qui nécessitent des accords internationaux pour leur conservation et leur gestion. Elle comprend également des espèces dont l’état de conservation bénéficierait de manière significative de la coopération internationale qui pourrait être mise en place par un accord international. Concrètement, il peut s’agir de fixer des objectifs et des mesures de gestion communs pour des populations partagées, de préparer et de mettre en œuvre des plans d'action conjoints, de coordonner la surveillance et la recherche, de partager les données et les meilleures pratiques et de collaborer à la conservation et à la restauration d’habitats clés le long des itinéraires de migration des espèces. L’objectif est de garantir que les efforts de protection et de gestion soient coordonnés au-delà des frontières afin que les progrès en matière de conservation réalisés dans un pays ne soient pas compromis dans un autre.

Ce document est fourni à titre de traduction de courtoisie, uniquement à des fins d'information. En cas d'incohérence ou de divergence entre cette traduction et la version anglaise, la version anglaise fait foi.