Unis pour les voies de migration : des pays d’Afrique et d’Eurasie se réunissent pour la réunion onusienne sur la conservation des oiseaux d’eau, tandis qu’un nouveau rapport guide l’action
Les gouvernements fixeront les priorités pour la conservation des oiseaux d’eau migrateurs sur les voies de migration d’Afrique-Eurasie regroupant 119 pays, tandis qu’un nouveau rapport sur l’état de conservation met en lumière les principales menaces et les réponses à y apporter
Bonn, le 11 novembre 2025 — La 9e session de la Réunion des Parties (MOP9) à l’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique‑Eurasie (l’AEWA) s’est ouverte aujourd’hui à Bonn (Allemagne) sur le thème « Unis pour les voies de migration ».
Du 11 au 14 novembre, l’organe décisionnel principal de ce traité soutenu par l’ONU réunira des délégations de plus de 60 Parties à l’AEWA, ainsi que des observateurs des États de l’aire de répartition non encore Parties, des ONG et des experts, afin d’évaluer les progrès de sa mise en œuvre et de définir l’orientation et les priorités futures pour la conservation des oiseaux d’eau migrateurs.
Dans le prolongement d’une tradition inaugurée à la MOP1, le traité intergouvernemental publie la 9e édition de son Rapport sur l’état de conservation des oiseaux d’eau migrateurs dans la zone de l’Accord (CSR9), qui évalue pour la première fois de manière systématique les menaces pesant sur les populations d’oiseaux d’eau et formule des recommandations pour y répondre.
« L’AEWA est un Accord aussi important pour les humains que pour les espèces d’oiseaux qu’il protège. Protéger les oiseaux d’eau suppose de sauvegarder des habitats variés dans de nombreux pays qui partagent les mêmes voies de migration, les mêmes zones humides, prairies, littoraux et même la haute mer. En investissant dans l’AEWA, les Parties favorisent une action coordonnée et concertée pour conserver les 255 espèces d’oiseaux d’eau migrateurs le long des voies de migration et leurs habitats à travers 119 pays et quatre continents. L’AEWA est sans conteste un modèle de coopération internationale », a déclaré Inger Andersen, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement, dans ses remarques d’ouverture.
L’aire de l’AEWA s’étend de la toundra sibérienne de l’Arctique jusqu’à l’extrémité méridionale de l’Afrique et couvre 560 populations d’espèces d’oiseaux d’eau et marins comme la Cigogne blanche, le Bec‑en‑sabot du Nil, le Manchot du Cap et la Grue royale. Ces oiseaux migrateurs sont des indicateurs de la santé de l’environnement et offrent des bénéfices écologiques, économiques, sociaux, culturels et récréatifs — y compris l’observation des oiseaux et la chasse — ainsi que des moyens de subsistance à des millions de personnes le long de leurs voies migratoires.
« La MOP9 est à la fois l’occasion pour les Parties à l’AEWA de célébrer trois décennies d’action de conservation et de réaffirmer leur engagement commun à assurer la survie à long terme des oiseaux d’eau migrateurs en Afrique et en Eurasie », déclare Jacques Trouvilliez, Secrétaire exécutif de l’AEWA. « Une véritable conservation à l’échelle des voies de migration ne peut se concrétiser que grâce à un financement pérenne et suffisant, au respect des règles et à une mise en œuvre renforcée par tous les pays situés le long des voies migratoires de nos oiseaux », ajoute Trouvilliez.
9e édition du Rapport sur l’état de conservation des oiseaux d’eau migrateurs (CSR9) : Recenser les menaces et tracer des solutions
Établie tous les trois ans, la 9e édition du Rapport sur l’état de conservation des oiseaux d’eau migrateurs dans la zone de l’Accord (CSR9) offre l’analyse la plus claire à ce jour du réseau complexe de menaces auxquelles font face les populations d’oiseaux d’eau — telles que les prélèvements non durable, le développement des infrastructures et l’expansion agricole — tout en recommandant une action urgente et coordonnée pour rétablir les espèces menacées, garantir l’utilisation durable, compléter et rendre cohérent le réseau de sites clés, et conserver les habitats dans l’environnement plus large, entre autres recommandations à l’échelle des voies de migration afro‑eurasiatiques.
Parmi les principales conclusions :
Trois grands groupes de menaces affectent les populations d’oiseaux d’eau migrateurs inscrites à l’AEWA :
L’utilisation des ressources biologiques touche 42 % des populations évaluées. Cette pression inclut la chasse, le braconnage, les mortalités accidentelles et les prises accessoires.
Le développement des infrastructures impacte 40 % des populations évaluées. Il s’agit notamment d’infrastructures liées au sport, au tourisme et aux loisirs, de la conversion des zones humides en zones d’habitation et de loisirs, ainsi que de la modification des conditions côtières.
L’agriculture influence 39 % des populations évaluées. Les activités agricoles comprennent l’assèchement à des fins d’occupation des sols et la conversion d’un usage agricole à un autre. Le seul assèchement pour l’agriculture et pour le développement urbain/industriel affecte l’habitat d’un tiers des populations d’oiseaux d’eau inscrites à l’AEWA. Le profil et l’intensité des menaces varient selon les régions et les groupes taxonomiques.
D’autres pressions significatives incluent le changement climatique, les espèces exotiques envahissantes, les espèces indigènes problématiques et les modifications hydrologiques d’origine humaine.
Les Plans d’action et de gestion par espèce couvrent la plupart des espèces menacées, mais beaucoup sont loin d’être pleinement mis en œuvre.
L’AEWA a adopté 28 Plans d’action internationaux par espèce (ISAP) pour mettre en œuvre des mesures coordonnées visant à rétablir les espèces d’oiseaux d’eau migrateurs dans un état de conservation favorable, et a établi trois Plans de gestion internationaux (ISMP) visant, entre autres objectifs, à gérer les populations dont l’augmentation des effectifs cause des dommages importants à l’agriculture et des effets sur les écosystèmes.
Toutes les espèces en danger critique et en danger sont couvertes par des ISAP, mais 11 des 19 espèces vulnérables n’en disposent pas.
Seuls 10 % des ISAP (3 sur 28) ont permis d’obtenir des gains mesurables en matière de conservation, tels que des populations stabilisées ou en rétablissement ;
pour la moitié des ISAP (14 sur 28), l’état de conservation global s’est détérioré.
Identification et maintien du Réseau de sites le long des voies migratoires : forte portée, couverture inégale.
Seules 40 % des Parties à l’AEWA ont identifié et transmis leurs inventaires nationaux de sites importants pour les oiseaux d’eau.
92 % des espèces inscrites à l’AEWA (234 sur 255) disposent d’au moins un site proposé pour le Réseau de sites le long des voies de migration.
La protection des sites clés reste incomplète, en particulier en dehors du réseau Natura 2000 de l’Union européenne.
La conservation des habitats dans l’environnement plus large accuse un retard. Au‑delà des sites désignés, les efforts demeurent limités et inégaux, laissant de nombreuses espèces dispersées exposées à des menaces telles que l’assèchement des zones humides, l’agriculture intensive et le développement des infrastructures.
La majorité des 255 espèces inscrites à l’AEWA sont associées à des habitats étendus, tels que les zones humides continentales (78 % soit 198 sur 255), les habitats côtiers/marins (75 % soit 193 sur 255) et les habitats de prairies/agricoles (56 % soit 142 sur 255).
Les politiques et les actions de conservation centrées sur ces types d’habitats sont essentielles à la préservation des espèces de l’AEWA.
Seul un tiers (35 %) des 29 Parties à l’AEWA ayant soumis des rapports nationaux indiquent avoir identifié des priorités de conservation des habitats.
« Après trois décennies de leadership en matière de rétablissement des espèces et d’utilisation durable, l’Accord doit intensifier ses efforts pour prévenir les extinctions d’oiseaux d’eau — comme celle du Courlis à bec grêle. Outre l’accent mis sur le rétablissement des espèces les plus menacées, il convient de renforcer la protection des habitats des oiseaux d’eau sur l’ensemble des voies de migration afro‑eurasiatiques », déclare Szabolcs Nagy, auteur principal du rapport et Responsable du programme Biodiversité à Wetlands International Europe.
Les principales recommandations pour les actions prioritaires incluent :
Renforcer les efforts de rétablissement des espèces menacées : étendre et mettre à jour les ISAP, donner la priorité aux espèces les plus en péril et rationaliser l’évaluation des plans.
Garantir le prélèvement durable des oiseaux d’eau : encadrer la chasse par la législation nationale, faire respecter les règles et interdire les prélèvements lorsque la durabilité ne peut être garantie.
Développer un réseau cohérent de sites protégés : achever les inventaires nationaux des sites, renforcer le Réseau de sites de l’AEWA le long des voies migratoires et mettre en place un système robuste de suivi des sites.
Intégrer les besoins des oiseaux d’eau dans les politiques sectorielles : intégrer les priorités de conservation des habitats dans l’aménagement du territoire et la planification spatiale maritime, et suivre les menaces clés telles que l’assèchement et la conversion des terres.
Lutter contre les espèces exotiques envahissantes : prévenir les introductions, restaurer les habitats affectés et mettre en place des mesures de contrôle des espèces non indigènes.
S’attaquer aux menaces sanitaires pesant sur les populations d’oiseaux sauvages, notamment la grippe aviaire hautement pathogène : améliorer la préparation, le suivi et la surveillance, et renforcer la coopération internationale pour gérer efficacement les épisodes de la pandémie.
S’adapter au changement climatique : appliquer les orientations existantes pour aider les oiseaux d’eau et leurs habitats à faire face à l’évolution des conditions.
Ce qu’il faut suivre à la MOP9
Cette réunion de quatre jours intervient alors que 2025 marque le 30e anniversaire de l’AEWA ; elle offre une occasion unique aux gouvernements et autres parties prenantes de revenir sur trois décennies de collaboration internationale en faveur de la conservation des oiseaux d’eau, tout en définissant de nouvelles priorités et stratégies pour l’avenir. Sur fond de réussites et de défis persistants, les participants affineront les politiques et examineront l’adoption de versions révisées de plans d’action et de gestion par espèce.
Décisions politiques et stratégiques
Les Parties aborderont un large éventail de sujets, notamment la mise en œuvre du Plan stratégique de l’AEWA et du Plan d’action pour l’Afrique, les amendements proposés à l’Accord et à ses Annexes, ainsi que les rapports nationaux.
La réunion discutera également de la nécessité d’améliorer l’intégration d’une interface science/politiques au sein de l’AEWA, du fonctionnement du Fonds de petites subventions, des progrès accomplis dans le cadre du Processus d’examen de la mise en œuvre (IRP) et d’une nouvelle approche de la Communication, de l’Éducation et de la Sensibilisation du public (CEPA) dans l’Accord.
Les délégués examineront aussi les questions financières et administratives, y compris l’examen du projet de budget pour la période triennale 2026–2028.
Affinement des actions prioritaires et des orientations
Les délégués étudieront des actions prioritaires affinées pour les oiseaux marins, notamment des mesures visant à contrer des menaces telles que les prises accessoires par les engins de pêche, les impacts humains sur les proies des oiseaux marins, les prélèvements non durables/prises illégales et les prédateurs envahissants. Ils examineront également les implications de l’élévation du niveau de la mer pour les oiseaux d’eau migrateurs et les options de réponse possibles.
Les Parties examineront des plans internationaux révisés pour l’Oie des moissons de la Taïga et la population du Svalbard de l’Oie à bec court, ainsi que des formats et lignes directrices mis à jour pour les Plans d’action et de gestion internationaux de l’AEWA (alignement de la durée des plans et rationalisation des processus de mise à jour et de révision, comme recommandé par le CSR9).
Des Lignes directrices de conservation de l’AEWA révisées sur la gestion des sites clés et le développement de l’écotourisme dans les zones humides seront également présentées aux Parties pour adoption éventuelle.
Un programme riche d’événements parallèles, des prix de conservation et un hommage solennel
Quatorze événements parallèles lors de la troisième journée (jeudi 13 novembre) mettront en avant des solutions concrètes et des enjeux pressants — de la gestion adaptative et du 60e Recensement international des oiseaux d’eau aux conflits homme‑faune liés à la Grue couronnée en Afrique, en passant par des essais de comptage assistés par IA au Sénégal et au Tchad.
Une étude de cas sur des approches sociales transformant les conflits en coopération pour un limicole emblématique, les enseignements tirés d’une décennie de coopération intergouvernementale dans le cadre de la Plateforme européenne de gestion des oies de l’AEWA, ainsi que l'importance de l'approche « One Health » avec l'interdépendance entre la conservation et la santé seront également au centre des discussions. La journée de jeudi consacrée aux événements parallèles sera ouverte aux médias et offrira l’occasion d’interviews avec des experts de la conservation, des délégués des Parties et des représentants d’ONG.
Le 30e anniversaire de l’AEWA sera célébré lors de la séance plénière du premier jour (mardi 11 novembre), avec la présentation de réalisations majeures du traité et une déclaration des deux Parrains d’honneur de l’AEWA (Dr Gerard C. Boere et Dr David Stroud), qui ont joué un rôle déterminant dans l’établissement et l’orientation de l’AEWA.
Les Prix AEWA pour la conservation des oiseaux d’eau seront remis le dernier jour de la MOP9 (14 novembre) à une personne et une institution sélectionnées pour leur contribution significative à la conservation à long terme des oiseaux d’eau dans la région afro‑eurasienne.
Deux « Champions de la conservation des oiseaux d’eau » au titre du Programme des champions des espèces migratrices seront également reconnus pour leur engagement à fournir des ressources à moyen et long terme pour des actions de conservation.
Les délégués reviendront sur l’extinction récemment déclarée du Courlis à bec grêle, soulignant l’urgence d’une action coordonnée pour éviter de nouvelles disparitions. Cet hommage rappelle avec force ce qui peut être perdu de façon irréversible lorsque l’action n’est pas engagée à temps.
Les résultats de la MOP9 orienteront les efforts de conservation des oiseaux d’eau pour l’avenir. En renforçant la coopération internationale, les gouvernements prennent des mesures fortes pour faire face aux nouvelles menaces pesant sur les oiseaux d’eau migrateurs. Des populations viables d’oiseaux d’eau sont essentielles aux écosystèmes et à des millions de personnes le long des voies de migration d’Afrique‑Eurasie.
Traité ciblé et pragmatique, qui met en œuvre des solutions concrètes sur le terrain, l’AEWA ne se contente pas d’aider ces oiseaux migrateurs ; il apporte aussi des bénéfices plus larges pour la biodiversité. Financer et mettre en œuvre l’AEWA offre aux pays l’occasion d’apporter des contributions substantielles à la réalisation d’initiatives mondiales majeures telles que le Plan stratégique de Samarcande pour les espèces migratrices, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming‑Montréal et les Objectifs de développement durable des Nations Unies.
- NOTES À L’INTENTION DES RÉDACTIONS
LIENS CONNEXES
9e édition du Rapport sur l’état de conservation des oiseaux d’eau migrateurs dans la zone de l’Accord (CSR9) :
ANGLAIS : Full report (PDF), Key findings and recommendations (PDF), Annexes (PDF)
FRANÇAIS : Rapport complet (PDF), Principales conclusions et recommandations (PDF), Annexes (PDF)Documents officiels de la MOP9 : 9e Session de la Réunion des Parties (MOP9) à l’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique‑Eurasie (AEWA)
Article de fond – AEWA MOP9 à Bonn : poser les jalons d’une action internationale renforcée pour les oiseaux d’eau migrateurs en Afrique et en Eurasie
Brochure des événements parallèles : Voir le PDF
Vidéos explicatives (en anglais et en français) : chaîne YouTube de l’AEWA
RÉSEAUX SOCIAUX
Hashtag : #AEWAMOP9
Facebook : UNEP.AEWA
LinkedIn : African‑Eurasian Migratory Waterbird Agreement – AEWA
YouTube : AEWAchannel
À propos de l’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique‑Eurasie (AEWA)
L’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique‑Eurasie (AEWA) est un traité intergouvernemental dédié à la conservation des oiseaux d’eau migrateurs qui empruntent les voies de migration afro‑eurasiatiques. L’Accord couvre 255 espèces d’oiseaux dépendantes des zones humides pendant au moins une partie de leur cycle annuel. Au total, 84 pays et l’Union européenne ont signé ce traité environnemental, qui s’applique à 119 pays en Afrique, en Europe, au Moyen‑Orient, en Asie centrale, au Groenland et dans l’Archipel canadien. En savoir plus : www.unep-aewa.org
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