Des experts internationaux réunis lors d’un atelier des Nations Unies constatent que les changements climatiques menacent les migrations animales sur Terre
Les scientifiques avertissent que les animaux sauvages migrateurs sont sous pression et définissent des actions prioritaires avant la COP15 de la CMS, tandis que les conséquences des changements climatiques s’accélèrent
Bonn, 2 octobre 2025 – La Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS) a publié aujourd’hui les conclusions d’un important atelier ; celles-ci fournissent des données détaillées sur la mesure dans laquelle les perturbations liées aux changements climatiques affectent les espèces migratrices dans leur ensemble.
Organisé du 11 au 13 février 2025 à Édimbourg, au Royaume-Uni, l’Atelier d’experts sur les espèces migratrices et les changements climatiques a rassemblé 73 experts internationaux de premier plan, dont des scientifiques, des gestionnaires de la faune, des représentants d’organismes intergouvernementaux et d’ONG du monde entier.
Quelques messages clés à retenir
- Les changements climatiques affectent tous les groupes d’espèces migratrices. Le réchauffement climatique, conjugué à la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes et à la modification des régimes hydrologiques, exerce une grande influence sur les espèces migratrices ; ces processus entraînent des déplacements de leurs aires de répartition, une contraction de leurs habitats disponibles et une altération des services écosystémiques dont elles dépendent.
- Les changements climatiques induisent des décalages phénologiques susceptibles d’avoir des conséquences létales pour certaines espèces. La nidification des oiseaux de rivage en Alaska et dans l’Arctique n’est pas en phase avec l’émergence des insectes en raison du réchauffement climatique et d’un refroidissement inattendu, ce qui réduit le taux de survie des poussins et le succès de la reproduction. Dans l’ouest de l’Alaska, chaque augmentation d’un degré de la température se traduit par un décalage de la période de nidification de un à deux jours. En raison du refroidissement climatique, la période de nidification a été retardée de manière inattendue de quatre à cinq jours au cours d’une décennie. Les nidifications plus tardives se traduisent par une réduction du nombre et de la taille des œufs, ainsi que par un raccourcissement de la période d’incubation.
- Les éléphants d’Asie sont confrontés à un encombrement de leur habitat. Les changements climatiques, conjugués aux modifications de l’aménagement du territoire, entraînent un déplacement des habitats des éléphants vers l’est. Cependant, la faible connectivité écologique empêche la majorité des populations d’éléphants en Inde et au Sri Lanka de suivre le rythme ce déplacement, exacerbant ainsi les conflits entre les éléphants et les populations humaines.
- Les baleines sont de nouveau en danger. Les changements climatiques altèrent les schémas migratoires des baleines, réduisent la disponibilité de leurs proies et entraînent une baisse de la reproduction. Les populations de baleines franches de l’Atlantique Nord sont particulièrement vulnérables, car le réchauffement des eaux marines les contraint à modifier leurs routes migratoires et à emprunter des itinéraires présentant un risque accru.
- Les espèces de l’Himalaya sont confrontées à une pression liée à l’altitude. Les espèces sauvages adaptées au froid, telles que le cerf musqué, le faisan et la truite des neiges, sont repoussées vers le haut des pentes, dans des refuges plus petits et fragmentés, et certains petits mammifères devraient perdre plus de 50 % de leur aire de répartition.
- Les vagues de chaleur affectent l’ensemble des milieux aquatiques, depuis les cours d’eau continentaux jusqu’aux zones marines. En 2023, une vague de chaleur sur le fleuve Amazone a atteint 41 °C, tuant des dauphins de rivière et aggravant la perte de leurs proies. Pendant ce temps, en Méditerranée, les extrêmes thermiques marins devraient réduire l’habitat des rorquals communs jusqu’à 70 % d’ici le milieu du siècle et diminuer les aires de répartition des dauphins en raison de la perte de nourriture et du stress lié à la pollution.
- Les puits d’herbiers marins sont assiégés. Les herbiers marins—qui stockent près de 20 % du carbone océanique mondial, renforcent la résilience des zones côtières et soutiennent les pêcheries ainsi que des espèces telles que les dugongs et les tortues marines—sont aujourd’hui gravement affectés par les vagues de chaleur océaniques, les cyclones et l’élévation du niveau de la mer.
- Des solutions existent—et sont déjà mises en œuvre. La mise en place de corridors écologiques pour les espèces terrestres et l’adoption d’approches de gestion dynamique (par exemple pour les baleines) peut renforcer efficacement la résilience des espèces vulnérables.
Le rapport de l’atelier de la CMS met en évidence le rôle fondamental des espèces migratrices en tant que maillons essentiels des écosystèmes qui soutiennent la vie humaine. Qu’il s’agisse des éléphants de forêt, dont l’activité favorise la capacité de stockage du carbone dans les écosystèmes tropicaux, ou des baleines, qui assurent le transport de nutriments essentiels d’un bassin océanique à l’autre, les espèces migratrices jouent un rôle déterminant dans le maintien d’écosystèmes sains et résilients, contribuant ainsi à l’atténuation des effets des changements climatiques. Toutefois, comme ces espèces dépendent d’habitats qui s’étendent sur plusieurs continents et varient selon les saisons, les bouleversements environnementaux observés dans une région peuvent provoquer des effets en cascade à des milliers de kilomètres, révélant ainsi la portée mondiale des enjeux liés à leur conservation.
« Les espèces animales migratrices sont le système d’alerte précoce de la planète‑ et elles sont en difficulté, », déclare Amy Fraenkel, Secrétaire exécutive de la CMS. « Des papillons monarques qui disparaissent de nos jardins aux baleines qui s’écartent de leur itinéraire dans des mers de plus en plus chaudes, ces voyageurs nous envoient un message clair. Les changements climatiques ont déjà des répercussions et, sans une action urgente, la survie de ces espèces est menacée. »
Organisé par le Department for Environment, Food & Rural Affairs (DEFRA) du Gouvernement britannique et le Joint Nature Conservation Committee (JNCC) du Royaume-Uni, l’atelier est une initiative du Groupe d’experts sur les changements climatiques du Conseil scientifique de la CMS, établi dans le cadre de ladite Convention pour aider à orienter sa réponse à la crise climatique et à l’impact sur la faune sauvage migratrice. Leurs délibérations constituent l’ossature du nouveau rapport et des points d’action avancés en vue de la 15e session de la Conférence des Parties à la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (COP15 de la CMS) qui se tiendra du 23 au 29 mars 2026 à Campo Grande, au Brésil.
« Les espèces migratrices du monde entier sont confrontées à des défis de plus en plus redoutables en raison de la détérioration de leur habitat et de la surexploitation. Les changements climatiques aggravent ces problèmes, avec des conditions météorologiques plus extrêmes qui affectent les habitats et les ressources alimentaires, les services écosystémiques tels que la capture du carbone, et les aires de répartition des espèces migratrices », déclare le Dr Des Thompson, Conseiller scientifique nommé par la COP de la CMS pour les changements climatiques.
« Notre atelier a renforcé notre compréhension des mesures nécessaires pour gérer les itinéraires de migration et les changements d’aire de répartition, ainsi que des actions à entreprendre pour lever les “obstacles” à la migration.Les projets d’études mettent en évidence des actions clés pour aider les espèces à s’adapter aux effets des changements climatiques. Nous devons partager des exemples de travaux et de pratiques réussis, et cela est notamment important lorsque nous pouvons travailler avec les peuples autochtones et les détenteurs de savoirs traditionnels pour concevoir des solutions communautaires », ajoute-t-il.
Les participants à l’atelier de la CMS appellent à des stratégies climatiques qui donnent la priorité à la santé des écosystèmes, soutenues par des investissements dans la conservation qui contribuent également à freiner les changements climatiques. La sauvegarde des espèces migratrices exige une coopération internationale et des investissements financiers sans précédent. De même, il est urgent de mieux aligner les cadres internationaux relatifs au climat et à la biodiversité qui visent à mettre l’avenir de notre planète sur la bonne voie.
Ressources connexes
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- NOTES D'ÉDITION
À propos de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS)
Traité environnemental des Nations Unies, la CMS constitue une plateforme mondiale pour la conservation et l'utilisation durable des animaux migrateurs et de leurs habitats. Ce traité unique rassemble les États et les experts des espèces sauvages pour répondre aux besoins de conservation des espèces migratrices terrestres, aquatiques et aviaires et de leurs habitats dans le monde entier. Depuis la signature de la Convention en 1979, le nombre de ses membres a augmenté pour atteindre 133 Parties (132 pays plus l’Union européenne). Pour en savoir plus, veuillez consulter le site à l’adresse suivante :https://www.cms.int/fr/
- CONTACT PRESSE
Pour obtenir de plus amples informations ou pour des demandes d’interviews avec les experts de la CMS, les participants et les orateurs de l’atelier, veuillez contacter Aydin Bahramlouian, Responsable de l’information publique, Secrétariat de la CMS au +49 228 815 2428, [email protected]