Actions nécessaires pour protéger les espèces sauvages et les habitats naturels

Le Sommet des Nations Unies sur la biodiversité offre une opportunité

BONN (IDN), 30 septembre 2020 - Le sommet des Nations unies sur la biodiversité visait à galvaniser les engagements pour mettre fin à la crise imminente de la biodiversité et à souligner la nécessité d'actions efficaces dans un nouveau cadre mondial de la biodiversité.  Peu de gens pouvaient prédire qu'il aurait lieu au milieu d'une pandémie mondiale mortelle - qui, selon toute vraisemblance, a été provoquée par des activités humaines qui exploitent les animaux sauvages et la nature.      

Si le COVID-19 a mis en lumière le risque croissant de maladies infectieuses d’origine animale, les activités humaines qui sont à l'origine de ces risques sont également à l'origine du déclin des espèces animales sauvages. Tout d'abord, l'utilisation directe des espèces sauvages, qui comprend l'utilisation de la viande d'animaux sauvages comme source de nourriture ou de revenus, l'utilisation de parties d'animaux pour d'autres produits commerciaux, la chasse récréative et les pratiques de guérison traditionnelles.  Deuxièmement, la destruction de l'habitat naturel et l'empiètement des activités qui rapprochent les humains et leur bétail des espèces sauvages, ce qui augmente le risque de propagation aux humains des agents pathogènes.

L'évaluation mondiale de la biodiversité de l'IPBES de 2019 a catapulté la perte d'espèces à la une des journaux du monde entier. Elle a révélé que nous perdons des espèces de plantes et d'animaux sauvages à un rythme sans précédent et que jusqu'à un million d'espèces pourraient disparaître à court terme. Une étude récente publiée dans la revue Science a révélé que l'Amérique du Nord a perdu 3 milliards d'oiseaux au cours des 50 dernières années seulement. Et un premier examen cette année du statut des espèces protégées par la Convention sur les espèces migratrices a révélé que la majorité de ces espèces sont en déclin. 

Les animaux sauvages constituent sans aucun doute une source importante de protéines pour certaines communautés pauvres et populations indigènes dans diverses régions du monde. Mais toute utilisation d’espèces animales sauvages doit être durable. Et l'utilisation et le commerce actuels des animaux sauvages vont bien au-delà de la sécurité alimentaire des communautés vulnérables. La croissance récente de l'utilisation nationale et du commerce international est en grande partie commerciale. La demande de certains types de viande d'animaux sauvages a également augmenté dans les zones urbaines, cette viande étant considérée comme un produit de luxe.  

La sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté figurent parmi les principales priorités des objectifs de développement durable des Nations unies. La réalisation de ces objectifs sera d'autant plus difficile que la population mondiale augmentera d'environ 2 milliards de personnes au cours des 30 prochaines années seulement et qu'elle dépassera les 11 milliards d'ici la fin de ce siècle. Actuellement, les humains et le bétail représentent environ 96 pour cent de la biomasse de tous les mammifères, les animaux sauvages ne représentant que 4 pur cent.  Le recours à la consommation d'animaux sauvages n'est tout simplement pas une solution viable ou durable pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté à long terme.  
 
Malheureusement, les pressions sur les animaux sauvages et leurs habitats devraient croître de manière exponentielle au cours des prochaines décennies, avec des millions de kilomètres de nouvelles routes prévues, une augmentation massive des infrastructures énergétiques, une croissance démographique humaine sans précédent, l'expansion urbaine, l'insécurité alimentaire et le changement climatique.  

La treizième Conférence des Parties de la CMS a adopté de nombreuses Résolutions et Décisions visant à faire face aux menaces qui pèsent sur les espèces migratrices et à prendre des mesures pour renforcer leurs besoins de conservation.  La COP13 a également adopté la Déclaration de Gandhinagar, qui met en évidence les priorités de la CMS pour le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, et demande que soit inclus : 1) un engagement à maintenir et à restaurer la connectivité écologique ; 2) des dispositions pour répondre efficacement aux besoins de conservation des espèces menacées et des espèces ayant un état de conservation défavorable, y compris des objectifs et des cibles pour mettre fin au déclin des espèces ; 3) des dispositions encourageant les Parties à inclure dans leurs SPANB des références appropriées aux autres conventions relatives à la biodiversité auxquelles elles sont également Parties, afin d'accroître une mise en œuvre plus cohérente des différents accords mondiaux ;  4) la reconnaissance du rôle des diverses conventions relatives à la biodiversité ainsi que d'autres AME pertinentes, pour une mise en œuvre, un suivi et un examen efficaces du cadre mondial pour la biodiversité pour l’après-2020 ; et 5) des dispositions visant à promouvoir la coopération et la connectivité internationales pour la mise en œuvre du nouveau cadre mondial pour la biodiversité.  

Le sommet des Nations unies sur la biodiversité est l'occasion de s'engager à prendre les mesures nécessaires pour protéger les espèces sauvages et les habitats naturels, élément central pour inverser les tendances mondiales à la perte de biodiversité. Le COVID-19 ne fait que donner une raison supplémentaire de le faire.

Amy Fraenkel est la Secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage

Cet article a été publié le 30 septembre 2020 dans InDepthNews

Last updated on 14 Octobre 2020

Type: 
Op Ed