Nairobi,
le 16 novembre 2006 - Selon un nouveau rapport du Programme
des Nations Unies pour l’Environnement, les changements
climatiques ont et auront de plus en plus de conséquences
dramatiques sur les espèces migratrices, des baleines
aux dauphins, en passant par les oiseaux et les tortues.
Certaines espèces, telles que les tortues vertes
présentent un taux plus élevé de
tumeurs, les eaux plus chaudes pouvant favoriser des infections.
Selon l’étude menée suite à
la convention sur le climat de Nairobi, et d’après
les résultats obtenus dans les grands océans,
d’autres espèces, telles que la baleine noire
de l’Atlantique Nord, pourraient souffrir de la
diminution de leur source de nourriture principale, les
planctons.
En attendant, les changements et les pertes d’habitats
ont et auront certainement de plus en plus de conséquences
non négligeables sur les espèces qui migrent
sur de longues distances.
Le rapport de la Convention du PNUE sur les espèces
migratrices a été rédigé avec
le soutien du Ministère britannique de l’Environnement,
de l’Alimentation et des Affaires rurales. Il fait
état de niveaux d’eau plus bas et de sécheresses
plus fréquentes causant une réduction de
l’habitat de la sarcelle élégante
et des terres d’alimentation pour des espèces
telles que la fauvette aquatique.
Environ un cinquième des espèces d’oiseaux
répertoriées par la Convention pourraient
souffrir de l’augmentation du niveau des mers, de
l’érosion et de l’action de vagues
plus grandes causées par les changements climatiques.
C’est le cas de l’oie naine.
Achim Steiner, Sous-secrétaire général
et Directeur exécutif du PNUE a déclaré
: « La biodiversité - terme signifiant l’étendue
des espèces animales, végétales et
d’autres formes de vie sur cette planète
- est déjà affectée par une série
d’impacts et par l’exploitation, la perte
et les dommages causés aux habitats ainsi que par
la pollution. Si nous ne parvenons pas à les maîtriser,
les changements climatiques continueront à causer
des dommages, ce qui pourraient nous empêcher d’atteindre
les objectifs 2010 visant à diminuer la perte de
la biodiversité. »
« Les espèces migratrices sont plus vulnérables
que d’autres car elles utilisent de multiples habitats
et sites et une large gamme de ressources durant leur
cycle migratoire. Nous devons donc renforcer les habitats
plutôt que les nettoyer, réduire la pollution
des terres, de l’eau douce et du milieu marin, nous
devons fournir aux hommes et à la faune et à
la flore sauvages de l’eau par une gestion durable
et prendre d’autres mesures pour aider les animaux
et les plantes à faire face et à s’adapter
aux changements climatiques, » a-t-il ajouté.
Le PNUE et la CMS pensent que la conservation et une
gestion plus durable de la biodiversité dans un
monde où le climat a changé, est de la plus
haute importance pour l’économie et pour
la lutte contre la pauvreté.
« Citons l’exemple du Kenya, qui a accueilli
la conférence de la convention sur le climat. L’année
passée, ses parcs naturels et sa biodiversité
ont généré 700 millions de dollars
grâce au tourisme. Si le Kenya perdait ses parcs
naturels et sa biodiversité (allant des éléphants
aux lions, en passant par les rhinocéros et d’autres
bêtes sauvages) en raison des changements climatiques,
cela se répercuterait sur l’économie
et sur les moyens d’existence des populations locales
qui dépendent des revenus apportés par les
visiteurs, » a déclaré M. Steiner.
Robert Hepworth, Secrétaire exécutif de
la CMS du PNUE a déclaré: « La meilleure
forme d’adaptation est l’atténuation,
en d’autres mots, la réduction des émissions
de gaz à effet de serre de 60% à 80% qui
est nécessaire à la stabilisation de l’atmosphère.
Mais nous savons que le monde ne peut plus éviter
de prendre des mesures contre les changements climatiques,
que ce soit maintenant ou dans le futur, nous devons donc
aider les populations et la faune et la flore sauvages,
dont dépendent les moyens d’existence de
nombreuses personnes, à s’adapter. »
Sigmar Gabriel, le Ministre allemand de l’Environnement
du pays hôte de la CMS du PNUE, a ajouté
: « J’approuve totalement les conclusions
du nouveau rapport. Des mesures telles que le maintien
d’un réseau cohérent des points de
halte sur des sites tels que les zones humides, la création
et l’expansion d’habitats adaptés tels
que les bords de champs, les haies et les mares et le
développement et le maintien de couloirs transfrontaliers
permettant aux espèces de migrer en fonction des
changements climatiques, sont la clé pour assurer
une biodiversité suffisante aujourd’hui et
demain, » a-t-il ajouté.
Les principales espèces migratrices et
les changements climatiques : l’impact des changements
de l’environnement sur les animaux sauvages
Changement des routes de migration et obstacles
à la migration
Des changements dans la longueur, le rythme et la situation
des routes de migration ont été relevés.
Dans des cas extrêmes, les espèces ont abandonné
toute migration. Dans d’autres cas, les espèces
migrent désormais vers des régions où
elles n’avaient jamais été que de
passage.
Les espèces de poissons exotiques du sud telles
que le rouget, l’anchois, la sardine et le capelan
sont aujourd’hui présentes dans la mer du
Nord. Les espèces de poissons sont ectothermiques
(incapables de réguler leur température
corporelle) et leur répartition et leur abondance
dépendent de la température.
Les guêpiers d’Europe (Merops apiaster) qui
étaient très rares en Allemagne, se reproduisent
maintenant régulièrement dans tout le pays.
Le roselin githagine (Rhodopechys githaginea)
est un des nombreux oiseaux qui étaient normalement
confinés à l’Afrique du Nord et au
Moyen-Orient arides et que l’on retrouve maintenant
de plus en plus dans le sud de l’Espagne.
L’arrivée des centaines de cygnes de Bewick
(Cygnus columbianus) volant de manière
caractéristique en formation en « V »
annonçait l’arrivée de l’hiver
en Angleterre ; les ornithologues n’en comptent
aujourd’hui plus que quelques dizaines. Le temps
plus chaud et l’absence de vents de NE qui les aident
à migrer, expliquent sans doute l’absence
des cygnes dans les régions d’Angleterre
où ils passaient traditionnellement l’hiver.
Des changements dans la structure des vents rendent encore
plus difficile la migration des passereaux vers les Caraïbes
où les tempêtes de printemps sont de plus
en plus nombreuses et de plus forte intensité.
Cet automne, plusieurs grands papillons monarques (Danaus
plexippus), qui chaque année migrent par millions
des USA et du Canada vers le Mexique, ont été
emportés par les vents et ont traversé l’Atlantique
pour se retrouver en Angleterre, à 5000 km.
L’avancée de la désertification qui
augmente la taille du désert du Sahara, aura des
conséquences défavorables sur les migrateurs
afro-européens, car ils ne pourront pas traverser
cette barrière naturelle.
Changements dans les habitats
Les changements suivants ont été constatés
:
· le permafrost est en train de fondre et la toundra
arctique est remplacée par la forêt, l’Afrique
souffre de la désertification ;
· le niveau des mers augmente;
· les ouragans sont plus fréquents dans
les Caraïbes;
· les eaux de l’Antarctique sont plus chaudes
et la fonte des glaces a des conséquences sur la
salinité de la mer.
Les distributions spatiales changent - une étude
a montré que sur une décennie, l’aire
de répartition de certains taxa s’est déplacée
en moyenne de 6,1 km vers les pôles et s’est
élevée de 1 m dans l’espace. Les espèces
montagneuses de l’Arctique connaîtront une
plus grande concurrence au niveau de l’habitat puisque
des espèces qui n’existaient pas à
des altitudes et des latitudes plus élevées
peuplent maintenant ces régions.
Des espèces étrangères telles que
l’huître du Pacifique (Crassostrea gigas)
ont été introduites en Europe pour des raisons
commerciales, mais ne survivaient pas en dehors des parcs.
La mer du Nord étant devenue plus chaude, l’huître
du Pacifique a pu se reproduire dans la nature et chasse
maintenant l’huître indigène vers la
mer Wadden.
Les conséquences des inondations et les coulées
de sédiments qui en résultent dans le Queensland
en Australie, ont endommagé les pâturages
d’algues ce qui a causé une diminution des
taux de croissance et de reproduction des tortues vertes
(Chelonia mydas).
C’est dans la baie de Baffin que la plus grande
population de narvals (Monodon monocerus) passe
l’hiver. Cette baie a tendance à être
de plus en plus recouverte de glace en hiver. Les narvals
dépendent des fissures dans la glace pour respirer
et ils ont été coincés sous la glace
à plusieurs reprises. Leur fidélité
à ce site et la réduction des eaux libres
les rendent vulnérables aux changements climatiques.
Il semble y avoir un déplacement généralisé
des espèces vers les pôles, ce qui réduit
l’aire de répartition des espèces
les mieux adaptées aux eaux froides. L’aire
de répartition des dauphins communs (Delphinus
delphis), une espèce d’eau chaude, augmente
alors que celle des dauphins à nez blanc (Lagenorhynchus
albirostris) diminue. Les prédateurs suivent
leurs proies lorsqu’elles (p.ex. les poissons) changent
de latitude et/ou de profondeur.
Nourriture
Les espèces qui sont des proies sont aussi affectées
par les changements climatiques que le sont les espèces
migratrices. La reproduction de la mésange charbonnière
(Parus major), une espèce non-migratrice,
et du gobemouche noir (Ficedula hypoleuca), une
espèce migratrice, est affectée par la présence
ou non des chenilles dont elles se nourrissent. Le manque
de synchronisme entre la présence des proies et
des prédateurs est une des facettes de ce que l’on
appelle la « disjonction phénologique ».
La salinité réduite des océans cause
des déplacements dans la distribution des constituants
de la biomasse de la chaîne alimentaire avec une
tendance au déplacement vers les pôles dans
les assemblages des espèces et la disparition potentielle
de quelques espèces vivant uniquement aux pôles
comme le narval (Monodon monoceros).
Il n’est pas certain que les ours polaires (Ursus
maritimus) réussissent à s’adapter
assez rapidement au changement des glaces qui affecte
l’habitat des phoques qu’ils chassent, et
la disparition des glaces menace la survie des ours.
La démographie des prédateurs est influencée
par celle des proies. Le calmar opale (Loligo opalescens)
a quitté la Californie du sud suivi par la baleine
pilote (Globicephala macrorhynchus) qui le chasse.
Lorsque le calmar est revenu, les dauphins de Risso (Grampus
griseus) avait pris la place des baleines, le nombre
de grands dauphins (Tursiops truncatus) augmenta
lui aussi, mais ne diminua pas avant la fin du phénomène
El Niño.
Le krill pourrait être détrôné
par d’autres espèces supportant mieux les
eaux plus chaudes ce qui pourrait se répercuter
sur des espèces plus haut placées dans la
chaîne alimentaire, telles que les pingouins, les
albatros, les phoques et les cétacés, malgré
leurs vastes aires d’alimentation.
Les animaux et les plantes adaptées à l’Arctique
et au milieu montagneux connaîtront également
une plus grande concurrence pour la nourriture en raison
de la présence d’autres espèces qui
auparavant ne vivaient pas à de telles altitudes.
Les données récoltées suite à
des échouages ont montré que les changements
dans la distribution des cachalots dans le nord-est de
l’Atlantique peuvent être attribués
à l’Oscillation Nord Atlantique et aux déplacements
des espèces de calmars qu’ils chassent.
L’abondance et la qualité des proies sont
importantes, notamment dans les points de halte et plus
particulièrement les points de halte proches de
grands obstacles tels que le désert du Sahara.
Les colonies d’oiseaux des mers en Écosse
ont connu de sérieuses difficultés de reproduction
suite au réchauffement des eaux, car le nombre
de planctons et de poissons a diminué. Pour certains,
l’échec de reproduction était de 100%
certaines années. Suite à la sécheresse
du Sahel de 1968-69, le nombre de fauvettes grisettes
(Sylvia communis) ne représente plus que
25% de la population qui existait auparavant.
Ponte/nidification/reproduction réussie
Le nombre réduit de reproductions réussies
(probablement à cause des proies) est très
parlant pour certaines espèces de l’Antarctique.
Chez les oiseaux, des pluies plus importantes que la normale
peuvent avoir une influence néfaste sur le taux
de mortalité des oisillons marins.
L’Oscillation Sud de El Niño en 1982 est
sans doute responsable de la perte d’une génération
entière de bébés otaries à
fourrure des galapagos (Arctocephalus galapagoensis)
et d’un taux de mortalité anormalement élevé
parmi les jeunes oiseaux marins.
L’Oscillation Sud de El Niño aura également
des conséquences sur la migration reproductrice
des tortues vertes (Chelonia mydas), et la montée
du niveau des mers pourrait causer la disparition des
plages où pondent ces tortues.
Les signaux dans les aires où les animaux passent
l’hiver leur indiquant qu’il est temps de
migrer pourraient ne plus être une mesure fiable
pour connaître l’état des aires de
reproduction (un autre exemple du phénomène
de la « disjonction phénologique »).
Les chauves-souris sortent tôt de l’hibernation
ce qui influe sur le cycle reproductif des femelles.
Repos
La diminution des glaces sur les mers affectera les populations
de phoques annelés (Pusa hispida), de phoques barbus
(Erignathus barbatus) et de morses (Odobenus
rosmarus) qui utilisent les blocs de glace flottants
pour se reposer, muer et donner naissance à leurs
petits.
Comme nous l’avons mentionné plus haut,
l’oie naine (Anser erythropus) est une
espèce particulièrement vulnérable,
car elle dépend d’un petit nombre de points
de halte discrets.
Incidence des maladies
Les fibromapillomes sur les tortues vertes (Chelonia
mydas) semblent grandir plus vite dans les eaux chaudes
et leur nombre a augmenté depuis les années
1980. D’autres maladies et parasites se développent
bien avec des températures plus élevées
et auront une influence plus importante sur les populations
d’espèces qui en sont victimes.
Le réchauffement mondial pourrait causer la prolifération
des algues et contribuer à des épizooties.
Les disparitions massives de mammifères marins
ont augmenté et sont causées par des virus,
les facteurs environnementaux ayant contribué à
la déclaration des maladies ou à la diminution
des défenses de l’animal face à ces
maladies.
La faible quantité de nourriture disponible pour
les cétacés dans les eaux devenues plus
chaudes affecte la santé des femelles et a des
conséquences sur la fréquence de leurs cycles
de reproduction.
Les faibles pluies dans l’est de la Méditerranée
ont causé une diminution importante du niveau de
la mer, ce qui a affecté la santé des dauphins
bleu et blanc (Stenella coeruleoalba).
La féminisation des populations
Le sex-ratio lors de l’éclosion des tortues
dépend de la température pour les familles
des Dermochelyidae et des Chelonidae. Des températures
plus élevées et se situant entre 25 et 32°C
font éclore un nombre plus important de femelles
(des températures plus basses font éclore
plus de mâles).
Le déséquilibre de 1 mâle pour 2
femelles ou 1 mâle pour 3 femelles n’a pas
de conséquences néfastes, mais si la proportion
était de 1 mâle pour 4 femelles, la population
de tortues pourrait en souffrir. Certaines plages de ponte
ont vu leur température augmenter jusqu’à
plus de 34°C, ce qui est souvent mortel.
Notes to Editors
Migratory Species and Climate Change: Impacts of a Changing
Environment on Wild Animals by UNEPCMS is available at
www.cms.int/news/current_news_page.htm
UNEP’s resources on climate change are at www.unep.org
For More Information Please Contact
Nick Nuttall, UNEP Spokesperson, on Tel: +254 20 7623084,
Mobile: +254 733 632755, E-mail: nick.nuttall@unep.org;
or
Paola Deda, Inter-Agency Liaison Officer, UNEP/CMS Secretariat
at the UN Premises in Bonn, Hermann-Ehlers-Straße 10,
53113 Bonn, Germany: telephone (+49 228) 815 2462; fax
(+49 228) 815 2449; E-mail: pdeda@cms.int